GIRONDE-SUR-DROPT, église Notre-Dame

De Care

Données

Topographie

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Pays FRANCEFermer
Région AquitaineFermer
Département GirondeFermer
Commune Gironde-sur-DroptFermer
Insee 33187Fermer
Adresse/Lieu-dit Rue de Beausoleil
Toponyme
Propriétaire Commune
Protection de l'édifice charpente inscrite ISMH le 5 avril 2001 ; élément de claustra classé comme Objet le 4 juillet 1903.
Références cartographiques
Numéro parcellaire sur le Cadastre actuel AR - 33
Latitude 44.583274
Longitude -0.087645
Altitude 21-25 m

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Sources historiques et identification

Sources epigraphiques

Chrisme remployé dans l'édifice avec inscription mentionnant une dedicatio. Inédit.

Sources archéologiques

Gaillard, H. & Chr. Gensbeitel : Gironde-sur-Dropt (33). Église Notre-Dame. Rapport de sondages, DRAC – SRA Aquitaine, 2011, 2 vol.

L'opération de sondages et de relevé en mai 2011 constitue une initiative neuve, menée dans le cadre de CARE Aquitaine, qui a consisté en la réalisation conjointe de plan et coupes (Ch. Martin, travail amendé par J. Mercier), de quatre sondages archéologiques (3 extérieur, 1 intérieur), d'un relevé de bâti de l'un des pans du chevet.

Sources d'archives

Recensement des sources repris en grande partie de la thèse de Sylvie Faravel (1991, I, 2, 262) :
manuscrites
AD Gironde, II V 280, Gironde
AD Gironde, 161 T 2, p. 33, rapport n° 24 ; 162 T f° 48 et 49
Drouyn L., Carnets de notes manuscrites, Archives Municipales de Bordeaux, T 10.
imprimées
A.H.G., 2, 233, n° CXCVII (977).
A.H.G., 5, 170, n°CXXXIV, § 42 (978)
Recueil des chartes de l'abbaye Saint-Benoît-sur-Loire, publ. M. Prou & A. Vidier, Paris, 1907, I, 165-167, n° LXIII (978)
A.H.G., 5, 162, n°CXIX, § 117 (1115)
A.H.G., 5, 143, n° CI, § 98 (1170)
A.H.G., 5, 167-168, n° CXXIX, § 127 (1170)
A.H.G., 5, 183, n° CL, § 148 (1174)
A.H.G., 2, 348, n°CCXXXVIII (1178)
Grand cartulaire de la Sauve-Majeure, publ. par Charles Higounet et Arlette Higounet-Nadal, Bordeaux : Fédération historique du Sud-Ouest, 1996.
Recueil des chartes de l'abbaye Saint-Benoît-sur-Loire, publ. M. Prou & A. Vidier, Paris, 1907.

Gironde, dérivé d'Equoranda toponyme-frontière reconnu pour marquer une limite de territoire de cité - en l’occurrence celle de Bazas et Bordeaux - serait supplanté un temps par “ville neuve”, au territoire potentiellement démembré de Sainte-Pétronille, édifice paroissial situé au nord dans la commune actuelle de Gironde, dont les vestiges funéraires associés (sarcophages avec inhumations habillées) laissent deviner l'antériorité. Au XIIe siècle, revient l'appellation Gironda (A.H.G., 5, 143, n°CI, § 98 [1170]) conjointement employée avec Villanova (A.H.G., 5, 165, n°CXXIX, [1170]). Gironde remplace Villeneuve définitivement au XVe siècle.

L'église de Gironde mentionnée en 978 avec le vocable de Sancta Maria dans un lieu dit Villanova, désignant a priori une fondation « neuve » dans un ensemble, dont les droits sont cédés par Gondobald au prieuré de la Réole (A.H.G., 5, 170, n°CXXXIV, § 42). Il peut s'agir, soit d'une rétrocession d'une captation de droits d'une église publique plus ancienne, soit d'une église privée créée dans la villa et cédée en dotation pieuse au prieuré. La mention est contradictoire avec le don de la paroisse (Villeneuve) l'année précédente en 977 (A.H.G., 2, 233, n° CXCVII) au prieuré par l'évêque Gombaud, fédérateur d'un évêché gascon éphémère en association avec son frère le duc Sanche. Le cartulaire de Saint-Benoît-sur-Loire contient en revanche la confirmation d'un acte d'échange en 978 (Recueil des chartes de l'abbaye Saint-Benoît-sur-Loire, I, 165-167, n° LXIII) entre Arsia vassal de Gombaud et les moines de la Réole, consistant en la moitié des droits de l'église B. Mariae dicata fundata consistit in Villanova contre l'église de Saint-Paul Andrie (acte remanié mais possiblement authentique selon Prou et Vidier, dans Recueil des chartes … p. 165). La revendication récurrente de la paroisse de Villeneuve par les bénédictins de la Réole, comme une des possessions initiales du temporel invite quelle que soit la validité des textes qui s'y rapportent, à placer à Gironde une fondation ancienne de l'édifice.

L'église est partagée pour moitié entre l'évêque de Bazas et le prieur de la Réole au XIIe siècle. La chanterie de l'église est donnée par l'évêque au prieur en 1115 (A.H.G., 5, 162, n°CXIX, § 117), cession confirmée en 1174 (A.H.G., 5, 183, n°CL, § 148). Un conflit de droit de présentation à l'église émerge entre les deux en 1170, faisant l'objet d'un accord (A.H.G., 5, 143, n°CI, § 98 [1170] ; 167-168, n° CXXIX, § 127) puis d'un droit reconnu au prieur en 1178 (A.H.G., 2, 348, n°CCXXXVIII).

Sources Bibliographie

Brutails, J.-A. : Les vieilles églises de la Gironde, Bordeaux, 1912.
Cardouat, J. : Monographie de la commune de Gironde (Gironde). Bordeaux, 1901.
Coudroy de Lille, P. : « L’église Notre-Dame de Gironde-sur-Dropt », Revue archéologique de Bordeaux, t. XCI, 2000, p. 153-156.
Faravel, S. : Occupation du sol et peuplement de l'Entre-Deux-Mers bazadais de la Préhistoire à 1550, thèse de géographie historique, Université de Bordeaux III, 1991, 7 vol. [I, 2, 261 ; III, p. 97].
Gaillard, H. & Chr. Gensbeitel : « Gironde-sur-Dropt (33). Église Notre-Dame », in : Bilan scientifique régional DRAC – SRA Aquitaine 2011 (à paraître).
Jullian, C. : Inscriptions romaines de Bordeaux, II, 1890.
Roudié, P. : L'activité artistique à Bordeaux, en Bordelais, en Bazadais de 1453 à 1550. Bordeaux, SOBODI, 1975 [p. 44, 50].
Saugues, A. : « Notice sur le bourg de Gironde d’après les renseignements fournis par M. Saugues. Séance du 5 août 1864 », Compte-rendu des travaux de la Commission des monuments et documents historiques du département de la Gironde, 1862-1864, Bordeaux, 1865, p. 82-85.
Sion, H. : la Gironde. 33/1. Carte archéologique de la Gaule sous la responsabilité de M. Provost, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris, 1994.
“Découvertes et nouvelles”, Bull. SAB, 25, 2, 1913, 143.

Références à la documentation graphique et photographique

AD Yvelines – A 327/7 Carte du cours de la Garonne, en 8 feuilles, s.d. [1716-1717]. [Par Hippolyte Matis]. Septième carte du cours de la Garonne depuis Marmande jusqu'à Saint-Macaire y ayant six lieues de longueur assez navigables sinon à l'ile de Caudrot.
Carte de Belleyme, n°35
cadastre napoléonien de 1827 (1/1250ème) – section E de Charros
AD Gironde, 162 T 7 : plan et coupes de l'église par Mondet (1859).
Coupes du contrefort nord et de la base de l'arc triomphal dans “Notice sur le bourg de Gironde, d'après les renseignements fournis par M. Sauges (séance du 5 août 1864)”, Comptes-rendus des travaux de la Commission des monuments historiques du département de la Gironde pendant l'année 1864, 1862-1864, p. 83.
Plans et relevés Christian Martin 2011
Plans et relevés Jérôme Mercier 2012

Conservation

bon

Titulature actuelle

Notre-Dame-de-l'Assomption

Titulature historique

La vocation à la Vierge ne s'est pas démentie depuis sa première mention en 978, sous la forme Sancta Maria Dei jusqu'à celle de 1804 à Notre-Dame de l'Assomption. Deux autels, l'un à saint Michel, l'autre à saint Clair existaient à l'extrémité orientale de la nef avant les transformations du XIXe siècle (Cardouat 1901, 50).

Diocèse actuel

Bordeaux

Diocèse historique

L'église de Villeneuve serait cédée par l'évêque des Gascons, Gombaud, en 977 au prieuré de La Réole dans sa dotation initiale, mais la paroisse de Gironde dépend de Bazas au début du XIIe siècle. Gironde comme tout le diocèse de Bazas est rattaché à Bordeaux à la Révolution.


Contexte d’implantation

Description

L'église de Gironde est située en rive droite de la Garonne, sur un rebord d'une haute terrasse argilo-limoneuse, dominant la confluence d'un bras du Dropt avec la Garonne, à moins de 4 km de la Réole. La géologie locale présente des gisements d'argile utilisés en terre franche pour la tuilerie et la briqueterie, exploités depuis l'époque romaine (la Tuilerie à Casseuil). Un axe d'origine antique probable, reliant Bordeaux à Toulouse (AD Yvelines A 327/7) franchit le Dropt sur un gué (antique ?) ou un pont (signalé en 1253), dont les vestiges sont entrevus lors de la construction du pont de chemin de fer (Cardouat 1901). Le château de Gironde, chef-lieu châtelain et de juridiction attesté en 1079-1092, désigné comme castrum ou oppidum de Girunda (Grand cartulaire de la Sauve Majeure, actes non datés du XIIe siècle, n°286 et 982) génère un bourg castral, distant de 800 m à l'ouest de l'église. La base d'une tour en briques avec des remplois antiques supposés a été observée en 1837 par Jouannet avant sa destruction par l'aménagement de la gare (Jouannet, 1842, p. 275 ; Faravel, 1991, I, p. 263-265 ; Sion 1994, 264). Tout en évoquant la tradition locale d'un château des Quatre fils Aymon, personnages d'une chanson de geste transcrite au XIIe siècle et relatant la sédition de l'aristocratie contre Charlemagne, il privilégie une interprétation de cette tour comme vestige du palais carolingien dit de Cassinogilum évoqué par Abbon de Fleury en 1004. Ce palais, est localisé par la tradition historiographique dans un périmètre restreint, à Casseuil, à Caudrot ou à Gironde. Camille Jullian privilégiait quant à lui le site de Casseuil (Jullian 1890, t. II, p. 179-180 et 185-186).

Structures antérieures

A l'échelle du site, l'occupation antique n'est pas confirmée sur le site de l'église de Gironde, ce que tend à confirmer la mention de Villanova. Des vestiges antiques sont mentionnés en revanche à l'ouest vers le franchissement du Dropt et sur le site du château, ancienne tour reprenant des vestiges bâtis gallo-romains. Les seules structures antérieures décelées consisteraient en un sarcophage, contenant deux inhumations du haut Moyen Age, fouillé en 2011 (M. Vivas et H. Reveillas). Le sarcophage est placé près du chevet de l'église et pourrait être de peu antérieur à sa construction.

Habitat contemporain

L'édifice est aujourd'hui détachée au sud d'une agglomération villageoise proche, étirée le long de la route nationale 113. L'édifice a peu agrégé d'habitat périphérique excepté le long des axes secondaires le desservant. Un cimetière s'est développé autour de l'église au nord comme au sud, l'entourant encore en un vaste polygone sur le cadastre de 1827, délimité approximativement par la voirie actuelle sur trois côtés excepté l'est. Il est désaffecté en 1819, permettant de clore le terrain au sud et de construire le presbytère, vaste bâtiment allongé, collé sur le flanc sud. Un autre bâtiment de service est dessiné sur la cadastre ancien, juxtaposé au chevet.


Fonction

Bâtiment

EgliseFermer

Description

Le statut de l'église Notre-Dame demeure énigmatique durant le Moyen Âge central. Dépendant de la villa de Villeneuve en 978, il n'est pas explicitement défini comme paroissial. L'évocation d'un titre de chantre, lors du conflit opposant au XIIe siècle le prieuré de La Réole à l'évêque de Bazas, fait plutôt songer à l'existence d'une communauté telle qu'un chapitre canonial, sans que l'on puisse en avoir la certitude. Cela n'est de toute façon pas incompatible avec l'usage paroissial qui a subsisté par la suite. Le nom de Villa Nova suggère un processus de démembrement à partir d'un territoire initial dont l'église Sainte-Pétronille pourrait être le premier sanctuaire.


Informations générales

Description [[Image:{{{PlanGeneral}}}|thumb|right|border|135px|Évolution du plan]]

L'église Notre-Dame de Gironde est un édifice à chevet polygonal à 7 pans et dotée d'une large nef unique. Jamais vraiment datée, malgré des présomptions d'ancienneté décelées au travers du remploi d'une partie de fenêtre à claustra sur la façade et une élévation soignée en moellons disposés en lits réguliers, elle appartient à une tradition d'édifices au plan nettement étranger à l'époque romane. Les remaniements de la fin du Moyen Âge (repercements des baies, reprise des murs goutterots et de la façade, charpente à entraits de 1510, ajout d'un clocher-tour occidental) ont gêné l'abord des parties anciennes. Les restaurations au XIXe siècle sont restées néanmoins modestes (reprise de l'arc triomphal, chapelle hors œuvre au nord, adjonction d'un long bâtiment de presbytère au sud). C'est donc un édifice révélé dans sa complexité par une analyse architecturale et archéologique récente (2011).

GIRONDE-SUR-DROPT, église Notre-Dame (Galerie d'images)


Articulation en états

Etat I

Etat I
EmptyData.png Architecture

Plan

Plan longitudinal

Parties

Édifice carolingien à chevet polygonal, nef unique (?) et annexe : 3e tiers du VIIIe siècle - IXe siècle L'église Notre-Dame de Gironde est un édifice à chevet polygonal à 7 pans et dotée d'une large nef unique. Jamais vraiment datée, malgré des présomptions d'ancienneté décelées au travers du remploi d'une partie de fenêtre à claustra sur la façade et une élévation soignée en moellons disposés en lits réguliers, elle appartient à une tradition d'édifices au plan nettement étranger à l'époque romane. Les remaniements de la fin du Moyen Âge (repercements des baies, reprise des murs goutterots et de la façade, charpente à entraits de 1510, ajout d'un clocher-tour occidental) ont gêné l'abord des parties anciennes. Les restaurations au XIXe siècle sont restées néanmoins modestes (reprise de l'arc triomphal, chapelle hors œuvre au nord, adjonction d'un long bâtiment de presbytère au sud). C'est donc un édifice révélé dans sa complexité par une analyse architecturale et archéologique récente (2011). Une annexe latérale semble avoir existé sur le flanc nord de la nef, au moins en son extrémité orientale (pièce annexe, galerie ?), révélée par la présence d’un sol en mortier de tuileau dans le sondage 4.

Matériaux et techniques de construction

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Maçonnerie

La construction de l'édifice a commencé par l'aménagement des fondations selon un mode original : le creusement soigné dans l'argile sableuse compacte d'une tranchée. Il est presque vertical, et limité en profondeur à 70/80 cm à peine. Cantonnée à la fondation, la tranchée est élargie ponctuellement sur le flanc nord pour insérer un calage de poteau, sans doute à usage de confortement provisoire ou d'échafaudage. La tranchée reçoit deux assises de moellons équarris posés et noyés dans l'argile, puis cinq assises noyées dans un mortier dur, gris, dont le coulis vient napper les flancs et recouvrir les faces des moellons. La fondation en tranchée aveugle, constatée sur le chevet et sur le mur goutterot nord, remplit de façon ordonnée la tranchée sans fournir de remplissage latéral susceptible de contenir des éléments de datation, contemporains ou antérieurs à la construction. Au chevet, c'est une fondation de plan semi-circulaire outrepassé, qui est destinée à recevoir l'élévation polygonale répartie en 7 pans extérieurs et 12 intérieurs. Le plan est donc savamment tracé pour faire correspondre en géométrie euclidienne, le demi-cercle outrepassé et l'heptagone de l'élévation sans débordement de la fondation. L’abside présente à l’intérieur un tracé plus proche du demi-cercle, du fait d’une multiplication des pans et d’un adoucissement des angles. Cela permet de structurer des parois qui seraient très minces (elles ne dépassent pas les 50 à 60 cm dans l’axe des baies) si les parements intérieur et extérieur étaient strictement parallèles. L’abside ne pouvait donc pas être voûtée et la réduction visible des baies, réalisée à une époque indéterminée, puis leur condamnation définitive, ainsi que la présence de fissures montrent que l’on avait sous-estimé la fragilité de tels murs percés d’aussi grandes baies, malgré l’absence de voûte. Sur le flanc nord, la partie orientale du mur goutterot de la nef actuelle comporte une fondation identique du point de vue de la technique mais de plan rectiligne, légèrement bombée néanmoins. Un ressaut marque le départ de l'élévation.

Les élévations de l’abside, en moellons équarris dont le format varie du carré au rectangle faiblement allongé, posés en lits relativement réguliers et noyés dans le mortier, sont dépourvues d’articulations et s’élèvent actuellement sur une hauteur de 6 m. Les parties hautes semblent avoir été les plus reprises, mais en partie basse, notamment au nord, on observe quelques traces de reprises au fer sur un mortier largement étalé (aujourd’hui très lépreux), plus proche d’un enduit couvrant. L’élément le plus frappant est la présence aux angles de chaînages en harpe en petit appareil régulier, constitué de blocs très allongés et dressés, taillés spécialement pour intégrer l’angle de 144°. Quelques blocs de moyen appareil assurent la même fonction dans la partie médiane de l’élévation. Les grandes baies (aujourd’hui occultées) percées sur cinq des sept pans, confèrent à l’édifice un caractère nettement antiquisant. Ces baies en arcs pleins cintres à claveaux étroits, légèrement outrepassés à l’extérieur, mesuraient un peu plus de 2 m en hauteur, pour une largeur de 1,20 m pour leur ouverture extérieure. Leur important ébrasement intérieur les amène à plus de 2,20 m de large pour une hauteur de plus de 4 m (le sommet des arcs est occulté par la voûte en plâtre moderne). L’observation d’un petit fragment de l’ébrasement intérieur d’une de ces baies a permis de confirmer que cet ébrasement a dû être construit en coffrage, les blocs de moellons séparés par d’épais joints n’étant pas appareillés sur les angles mais noyés dans le mortier. A l’extérieur, le chaînage des piédroits est plus soigné, avec de petits blocs réguliers d’un format analogue à ceux des chaînages d’angles (observations limitées du fait du rebouchage ancien et à des surfaces en parties couvertes d’enduit).

Sol

Outre la construction des murs de l'église, les sondages ont rencontré des sols maçonnés et un socle appartenant à l'agencement intérieur. Le sol est un tuileau de tradition antique, composé d'un lit de cailloux calcaire noyés dans un mortier de chaux comportant de gros éclats de brique. La partie supérieure quand elle est conservée est lissée. Il apparaît en un lambeau à l'intérieur (sondage 1), dans la nef, directement posé sur l'argile aplanie. Aucune articulation avec le parement interne d'un mur n'a pu être mise en évidence, le mur goutterot actuel ayant été sur-épaissi par des reprises de parement tardives. Ces rajouts enveloppent latéralement un massif appareillé, sorte de socle posé sur le sol de tuileau et « fonctionnant » avec lui. Le sol de tuileau est également présent dans un sondage extérieur au nord. De même facture et à une altimétrie voisine (amplitude de 12 cm à 10 m de distance), les deux sols ont été déclarés équivalents. Il est posé sur le ressaut de fondation extérieur et doit constituer la surface de circulation d'une annexe dont la communication avec le sanctuaire se situe hors de la fenêtre d'exploration et dont le plan actuel ne porte plus trace. EmptyData.png EmptyData.png

Décor

Seul un témoignage indirect (Saugues 1864) permet d’imaginer la présence de peintures sur l’élévation intérieure de l’abside (« découverte sur la voussure [des fenêtres bouchées] de peintures à motifs de fer de lance, ellipses entrelacées, motifs divers ») mais il est impossible de les associer de façon sûre au premier état.

Installations liturgiques

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Sépultures

Emplacement

L'ancienneté de l'édifice est confortée par la découverte de sépultures lors de travaux en 1913, situés à l'angle sud-ouest de la parcelle, dans la retaille du talus de l'ancien cimetière pour élargir la route. Plusieurs tombes sont reconnues dont un empilement de « trois cercueils en pierre superposés, le cercueil en dessous étant de dimension plus grande et contenait un squelette de forte taille » (BMSAB, 35, 2, 1913, p. 143). On signale en outre « dans un jardin du bourg » la découverte en 1825 d'un tombeau orné d'une croix et d'autres figures en relief, contenant ossements et vieilles armes (Saugues, AD Gironde 161T2, p. 33). Lors des sondages de 2011, une sépulture SP3 potentiellement antérieure à l'édifice à son chevet (sondage 2) des VIIe-VIIIe siècles (?) est reconnue, mais ne conditionne pas l'emplacement ni la fonction de l'édifice carolingien. Aucune sépulture antérieure au Bas Moyen Age n'est identifiée dans l'édifice (sondage 1). EmptyData.png

Inscriptions

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Etat II

Etat II
EmptyData.png Architecture

Plan

Plan longitudinal

Parties

Abandon de l'annexe nord, confortement provisoire contre l'articulation chevet - mur goutterot nord (Xe - XIIe siècles)
État IIa : Le sol de tuileau à l'extérieur a subi une destruction partielle et des percements consécutifs aux ensevelissements d'époque moderne, mais surtout un enfoncement marqué, en raison de l'apparition d'un massif de fondation venu s'ancrer dans le sol. Ce massif serait un contrefort dont ne subsistent que trois assises de fondation dans un mortier maigre grisâtre. Il viendrait s'appuyer sur le mur goutterot contre l'articulation devinée entre chevet polygonal et nef, point de fragilité du à la poussée latérale et à la faiblesse des murs. Il faut supposer que ce dispositif de haute portée fait disparaître l'annexe de l'état I, avec la mise en place d'une couche de terre contenant morceaux de tuile et mortier.

État IIb : le contrefort disposé sur le sol de tuileau est arraché, peut-être en raison de l'instabilité générée par son enfoncement dans le sol. Un épais niveau de terre brune (35 cm), avec de nombreuses inclusions de fragments de tuile canal recouvre l'arrachement du contrefort disparu et serait le résultat de la bioturbation et d'une reconquête végétale.

Matériaux et techniques de construction

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Installations liturgiques

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Sépultures

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Inscriptions

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Objets dispersés non rattachables à l'architecture de l'église

Liste des objets

1- fragment de claustra inséré dans la façade occidentale médiévale tardive. Toutefois, le motif très soigné à base de cercles sécants aux profils chanfreinés, est difficile à associer exclusivement à la période antérieure à l’an mil. De tels claustra s’observent dans la région, dans des contextes romans (Fenioux 17).
2 - petit modillon ou bloc appartenant à une voussure ou une frise, décoré de cercles concentriques sur sa plus petite face, remployé dans le mur bahut de l'appentis protégeant le portail.
3 - fragment de corniche moulurée trouvé calant le coffrage disparu d'une sépulture moderne au chevet (SP5), couronnant peut-être le chevet polygonal.
4 - Chrisme gravé avec inscription dédicatoire, remployé dans une porte moderne ménagée dans le mur sud de la nef. L'inscription sur bandeau circulaire entourant le monogramme commence par la date (le 8 des ides de novembre) suivie du mot dedicatio ; on ne lit pas la suite, à l'exception de la fin du mot ---]ARIE (analyse Vincent Debiais, CESCM-CNRS). Au regard de la graphie, la proposition raisonnable serait de situer ce chrisme entre le Xe et le XIIe siècle, mais il est évidemment impossible de le rattacher clairement à une partie de l’édifice ou à une phase chronologique observable, dans la mesure où il a été déplacé.


Considérations critiques sur les états et sur la chronologie

Chronologie

(a) État I de la construction de l'église serait antérieure à la mention du cartulaire de la Réole en 978 si cette dernière, ecclesiam Sancte Dei Marie, qui est in villa dicitur Villanova (A.H.G., 5, 170), se rapporte bien à l'édifice, ce qui est très vraisemblable. La construction est évaluée par une datation radiocarbone effectuée sur un charbon prélevé dans le remplissage d'un trou de poteau (échafaudage ?) au creusement contemporain de la fondation du mur goutterot nord : en date calibrée la fourchette est de 717 - 743 à 4,5 % ; 768 - 896 cal AD à 93,2 % ; 923 - 940 à 2,3 %. La datation ad quem regarde donc le troisième tiers du VIIIe et le IXe siècle avec une forte probabilité. En outre, un remblai postérieur à la construction du chevet, au dessus d'un niveau de travail contient de la céramique évaluée des IXe-Xe siècles.

(b) L'église neuve semble établie sur ou à proximité d'un cimetière préexistant. La relation d'antériorité est ténue puisqu'un des sondages au chevet de l'église (sondage 2) révèle un niveau de travail sur un segment de coupe, collé à la paroi de tête d'un sarcophage du haut Moyen Age (SP3). La cuve de ce dernier paraît en place, installée sur un horizon au contact du substrat, comme semblent l'être les deux sépultures primaires que la fouille a mis en évidence à l'intérieur, malgré la perturbation brutale du passage d'une tranchée de réseaux. Le sarcophage contenait en outre dans le remplissage, un tesson de jatte d'un précoce haut Moyen Âge (VIIe-VIIIe siècles). Une datation ante quem des VIIe-VIIIe siècles semble donc admissible.

L'état IIb est daté, dans le sondage 4, par la présence rare de céramique des Xe-XIe siècles dans une couche, fournissant un terminus ante quem pour l'arrachage d'un premier contrefort que cette unité vient sceller. Un charbon pris dans un niveau postérieur, avant la construction du contrefort roman de l'état III a permis de fournir un terminus post quem de 1167 - 1266 cal AD, tout à fait cohérent avec la chronologie relative. 1

(c) La forme architecturale générale et les élévations du chevet (État I) militent pour une datation antérieure à l’an Mil. La vaste nef unique de 11 m sur 20 m (état actuel, l’amorce orientale du mur nord présentant la même fondation que le chevet) associée à une large abside à sept pans coupés au tracé outrepassé renvoie à des modèles du haut Moyen Âge. C’est une forme rare à l’époque romane dans la région, le tracé outrepassé associé aux pans coupés est absent du paysage architectural roman. En outre, le chaînage des angles en petit appareil allongé ne se rencontre jamais sur les édifices romans mais renvoie à des modes constructifs du haut Moyen Âge et de l’Antiquité. La même observation se rapporte à la forme des cinq grandes baies qui s’ouvraient sur l’abside, avec leurs claveaux étroits. La présence d’un chrisme en réemploi dans la nef pouvant être daté des Xe-XIIe siècles et d’un fragment de claustra sur le pignon de la façade occidentale sont des éléments non déterminants, mais qui ne s'opposent pas à une datation haute par rapport à l’époque romane. La présence d’un appendice latéral, au moins au nord de la partie orientale de la nef (sol de tuileau), pourrait faire songer à une galerie ou une pièce annexe. La nef, sans doute reconstruite à la fin du Moyen Âge, reprend, au moins en partie, des fondations analogues à celles du chevet.

Interprétation

Dans un état I, un édifice à chevet polygonal, murs goutterots et pièce annexe au nord est établi entre le 3e tiers du VIIIe et la fin du IXe siècle.
Dans un état II, l'annexe au nord est détruite au bénéfice de la construction d'un contrefort aux Xe-XIe siècles.

Comparaisons

Le plan de l’abside à pans coupés de Gironde constitue une rareté dans l’architecture religieuse antérieure à l’époque gothique en Bordelais et Bazadais. Il trouve quelques échos à l’époque romane, sans que l’on puisse faire de comparaison directe (abside du chevet triconque de Saint-Macaire, chevet de l’église de Cornemps à Petit-Palais). Plus en amont sur la Garonne, l’église de Sérignac-sur-Garonne (47), près de Bruch, possède une abside à cinq pans pouvant appartenir au XIe siècle. L’église de Caudrot (voisine de Gironde), qui conservait encore au XIXe siècle des traces d’une possible construction du haut Moyen Âge (brique et pierre), possède un chevet en hémicycle dont les parties inférieures sont empâtées dans une maçonnerie polygonale aussi difficile à interpréter qu’à rapprocher de l’église Notre-Dame. D’autre part, les chevets polygonaux connurent un certain succès en Saintonge au XIIe siècle (Rétaud, Rioux, Geay, Talmont…) mais leurs élévations n’ont rien de commun avec Gironde, dont l’ampleur, le rapport entre le rayon et l’épaisseur des murs, le traitement des élévations et des murs ne trouvent guère de comparaisons pertinentes à l’époque romane. Certains édifices plus lointains et énigmatiques, car datés sans grande précision pour l’instant, offrent des similitudes de plan : c’est le cas de Saint-Pierre de Blagnac, près de Toulouse. C’est encore à Toulouse, mais uniquement à travers les vestiges archéologiques ou des documents indirects, que l’on peut retrouver les exemples les plus proches de l’esprit du chevet de Gironde, dans l’abside primitive Saint-Pierre-des-Cuisines, ou encore, Sainte-Marie de la Daurade dans son état de l'Antiquité tardive (plan de l’abside outrepassées et sa relation à la nef unique). La basilique Saint-Just de Lyon possédait aussi une abside à pans coupés. Ce sont les monuments poitevins du haut Moyen Age qui offrent les traits spécifiques les plus proches de ceux de Gironde : l’abside de l’église de Civaux (VIIe-IXe s. ?) est sans doute, malgré l’absence de tracé outrepassé, le monument le plus proche, par le traitement des pans coupés et l’emploi du petit appareil allongé sur les angles. Les fenêtres, bien que différentes de celles de Gironde dans la conception des arcs (rang de briques formant sourcil à l’extrados des claveaux), semblent conçues de la même façon (avec coffrage) pour leur ébrasement. Ce procédé semble assez courant durant l’Antiquité tardive et le haut Moyen Âge (Saint-Pierre de Vienne, Saint-Philbert-de-Grandlieu). Le petit appareil allongé se retrouve par ailleurs, dans les parties hautes du baptistère Saint-Jean de Poitiers (VIIe siècle) et, dans des conditions d’usage semblables à celles de Gironde, sur des édifices antiques tels que la villa de Montcaret (IVe-Ve siècles).

Auteurs de la notice : Christian Gensbeitel et Hervé Gaillard


Informations sur la publication

Date février 14, 2013
Auteur Hgaillard Fiche personnelle
Statut de la fiche 5. Fiche validée
Qualité de la fiche Fiable